Flux instinctif libre : une dangereuse utopie

Le flux instinctif libre consiste à se passer de protections périodiques lors des menstrues en retenant l’écoulement du sang par la contraction du périnée, comme pour se retenir d’uriner en somme. Une idée simple. Mais que vaut cette méthode ? On fait le point.

Une idéologie plus qu’une méthode

Arrivé tout droit des Etats-Unis sous le nom de free flow instinct (FFL), le flux instinctif libre (FIL) est surtout présenté à l’origine comme une idéologie ou un mouvement plus qu’une méthode. Les femmes qui en sont adeptes, encore peu nombreuses, parlent bien souvent d’écoute du corps, du fait de mieux assumer sa féminité, de reconnexion avec ses propres sensations…

Elles mettent également en avant le fait que les protections périodiques asservissent la femme qui est alors obligé de participer, qu’elle le veuille ou non, à la société de consommation, sans quoi elle ne serait pas capable d’être « propre » d’elle-même lors de ses menstrues.

Bon c’est bien joli tout ça, mais est-ce que ça marche ?

Une pratique laborieuse

Les témoignages sont unanimes : il faut des mois pour commencer à maîtriser la technique. Et passé ce délai laborieux, seriez-vous rassurée de n’avoir aucune protection ? Car même celles qui maîtrisent parfaitement le flux instinctif libre l’affirment : personne n’est à l’abri d’un « raté ».

Et imaginez que cela arrive pendant que vous êtes en métro, au travail, au restaurant… C’est la raison pour laquelle le flux instinctif libre, au lieu d’être libérateur, peut être vécu comme une contrainte et une pression.

Le flux instinctif libre implique également l’obligation de se lever la nuit pour aller aux toilettes, mais aussi et surtout d’avoir en permanence cette possibilité d’aller aux toilettes. Ce qui n’est pas gagné ! Car s’il est inconfortable mais possible de se retenir d’uriner le temps qu’il faut, cela est moins évident quand il s’agit de retenir ses règles.

Et contrairement au fait de se retenir d’uriner, ce qui n’arrive pas en général de nombreuses fois dans la journée car il est possible de s’organiser au mieux, le fait de retenir ses règles implique qu’il faudra contracter en permanence le périnée pendant toute la durée des règles, sans autre choix possible. Inconfortable, c’est peu dire.

En fait avec cette méthode, il faut mettre dans la balance le confort de ne rien porter et la crainte que tout ne se passe pas comme prévu. Et pour bon nombre de femmes, le choix est vite fait…

Une pratique limitée

Toutes les femmes ne peuvent pas s’adonner au flux instinctif libre. Il faut avoir un périnée suffisamment musclé, et bien qu’il existe des exercices pour cela, le flux instinctif libre est, d’après de nombreux gynécologues, déconseillé aux femmes ayant eu au moins un accouchement.

Cette méthode semble également inadaptée, pour des raisons évidentes, aux femmes ayant un flux trop abondant. Ces dernières devraient alors aller en permanence aux toilettes, et les conséquences si elles n’y parvenaient pas à temps seraient encore pires que pour une femme au flux peu abondant.

Enfin le flux instinctif libre est à proscrire aux femmes atteintes d’endométriose. Le risque pour ces dernières est réel, car elles doivent à tout prix éviter de maintenir les toxines contenues dans le sang à l’intérieur de leur vagin.

Une pratique dangereuse

L’écoulement du sang par la vulve est, chez la femme, un processus important qui lui permet entre autres de se purifier en se débarrassant de certaines toxines. Retenir cet écoulement présente donc des dangers.

Le premier danger est que le sang, s’il est retenu trop longtemps, remonte vers l’utérus et les trompes, risquant alors de provoquer une infection ou une endomètriose (présence de muqueuses hors de l’utérus, pouvant provoquer douleurs et infertilité).

Le second danger est de contracter un syndrome du choc toxique (SCT). Car contrairement à ce que beaucoup pensent, le choc toxique n’est pas du aux produits chimiques contenus dans les tampons (bien qu’ils soient néfastes par ailleurs), mais à la stagnation du sang à l’intérieur du vagin.

Se retenir trop longtemps, ce qui peut devenir une obligation dans certaines circonstances avec cette méthode, présenterait donc ces deux risques.

Le paradoxe du flux instinctif libre

En fait le flux instinctif libre est un paradoxe. On prône avec cette méthode le naturel en raison de l’absence de protections périodiques.

Mais à en croire la manière dont l’appareil génital féminin est conçu et les risques à empêcher l’écoulement régulier du flux sanguin, ne peut-on pas en conclure qu’il est plus « naturel » de laisser s’écouler « naturellement » le flux sanguin, même si cela n’est possible qu’avec l’aide de protections périodiques ?

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